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La Coupe

"Recueil mensuel d'art et d'éthique"

Périodicité: Mensuelle. N°1 (mai 1895) ---) N°9 (juin 1896).
Nouvelle série: N°1 (janvier 1898) ---) N°6 (juin 1898)

Adresse : Chez Joseph Loubet, 11 rue Logis Saint-Paul, Montpellier (cf changements)

Description matérielle:14 x 19 cm. (cf changements)

Direction: Joseph Loubet, puis Richard Wémau (cf changements)
Gérant : Jehan Loys
Imprimerie Gustave Firmin et Montane

Cote BNF: En ligne sur Gallica: NUMP-197.

Changements :
Au n° 3, Joseph Loubet part faire son service militaire à Castres et abandonne la direction de la revue. Il est remplacé par Richard Wémau, dont l'adresse, 11 rue de la République, Montpellier devient celle de La Coupe.
Nouvelle maquette : un dessin de Paul Grollier orne désormais la couverture, le format devient résolument vertical (11 x 24 cm.).
Une liste de dépositaires parisiens est publiée, qui sera élargie à la France entière lors du numéro suivant.
A partir du n° 4, il est fait un tirage sur Hollande.
Du n°9, juin 1896 à la nouvelle série, n° 1, janvier 1898, la revue est "en repos".
A sa reprise, le Comité de rédaction se compose de Joseph Loubet pour Paris (83 rue Bleue), d'Albert Liénard [i.e. Louis Payen] pour Lyon et de Richard Wémau pour Montpellier, où la revue reste domiciliée 11 rue de la République.
Le format devient encore plus "élancé" : 12,5 x 28,5 cm.
A partir du n° 2, février 1898, un bandeau de P. Coulet débute la revue.
La Coupe cesse de paraître après le n° 6 de la nouvelle série, de juin 1898.

Bibliographie :
La Coupe a fait l'objet d'une étude et description très détaillée par Jean Lesaffre dans :
PLACE, Jean-Michel, et André Vasseur : Bibliographie des revues et journaux littéraires des XIXe et XXe siècles. Tome troisième. Paris, Jean-Michel Place, 1977. pp. 333-349.
On peut aussi consulter les souvenirs de Joseph Loubet dans : Revue des Pays d'Oc, Juin 1932.

Histoire et tonalité :
En 1895, La Cigale d'or, en est à sa 6e année d'existence. Cette revue félibréenne est ouverte aux courants de la nouvelle poésie, mais ne publie que des textes occitans. Chimère, qui de 1891 à 1893 a rassemblé des textes symbolistes venus de tout l'univers francophone est morte depuis deux ans. Paul Redonnel, qui a dirigé les deux revues, quitte Montpellier pour Paris où il va collaborer à La Coupe et à L'Ermitage.
Le Caveau du Dix , en 1894, a permis à un groupe de jeunes auteurs de se rencontrer et de travailler ensemble. Paradoxalement, Joseph Loubet, qui n'a que 21 ans, fait figure d'ancien, et de chef de file. Il est en effet le seul à avoir participé aux trois expériences.
C'est autour de lui que va se fonder La Coupe, et cette revue va d'emblée afficher de grandes ambitions. En publiant dès ses premiers numéros des auteurs de stature nationale (H. de Régnier, Albert Samain, André Gide, T. Klingsor, Maurice Magre, Maurice Maeterlinck, Francis Vielé-Griffin, A.-F. Herold, Stuart Merrill sont aux sommaires des trois premières livraisons), en annonçant la collaboration (qui se fera un peu attendre ) de Mallarmé, La Coupe devient une revue majeure dont l'écho peut se comparer à celui de ses aînées parisiennes.
Littérairement, la revue est un des fers de lance du symbolisme. Tous les grands noms du mouvement y figurent, qu'ils soient parisiens, provinciaux ou belges.
Mais certains noms portent en eux des ouvertures vers le Naturalisme ou ce qui sera bientôt la littérature de la NRF : André Gide, bien sûr, mais aussi Charles-Louis Philippe, Marcel Schwob, Francis Jammes. Il est vrai que ce sont là de tous jeunes écrivains.
La Coupe est incontestablement une des plus importantes revues littéraires de la France de l'époque.

Piliers et responsables :
A 16 ans, en 1890, Joseph Loubet commence une carrière de dilettante inspiré des lettres occitanes et française qu'il poursuivra jusqu'à sa mort en 1951. Pourtant, dès le n°3 de La Coupe, en décembre 1895, sa vie se modifie radicalement. Il quitte Montpellier, d'abord pour Castres et le service militaire, puis pour Paris et son travail dans les Postes. Il n'y reviendra plus. Mais il sera pendant cinquante ans la plaque tournante des échanges entre Paris et le Languedoc. En 1898, il refait partie du Comité de rédaction de la seconde série de La Coupe.
Albert Liénard (Alès, 1875- Epinay, juillet 1927), plus connu sous le nom de Louis Payen deviendra un écrivain important après son départ pour Paris. Ses premières oeuvres sont publiées en 1895 dans Le Cavô du Dix, 1894-1895. par l'Imprimerie centrale du Midi, avec préface de P. Hamel (i.e.Hamelin) couverture de Paul Coulet.Après la fermeture du Caveau du Dix, un cénacle avec Wémau, N. Roubin (professeur au Lycée), Loubet, Coulet, Grollier, Edouard Perrin et Liénard, se réunit pour fonder La Coupe. A peine La Coupe fondée, Liénard part à Lyon et signe désormais Louis Payen. A Lyon, il fonde Germinal. Puis, il se fixe à Paris. Il lance Messidor, avec J. Duchamp et G. Casella. En 1900, il dirige La Revue dorée. Puis, il collabore au Mercure de France, à l'Ermitage. Le 14 déc 1906, il fonde, avec entre autres Ernest Gaubert (voir ce nom) et Dauriac (ancien du Caveau du Dix), le Nouveau Théâtre d'Art, au café Soufflet (Paris), inauguré par sa Tentation de l'abbé Jean. En 1908, il crée La Victoire à Orange, reprise aux Arènes de Nîmes en 1911, pièce éditée chez Grasset.. Ami de Jean Lorrain. Secrétaire de Catulle Mendès. En 1912, il co-signe avec Lucie Delarue-Mardrus une comédie en 4 actes : La Monnaie de singe. Il a composé des livrets pour Massenet, et à sa mort, était secrétaire général de la Comédie française. Parmi sa bibliographie: des poèmes : A l'ombre du portique, Persée, Les voiles blanches ; des romans : L'autre femme ; du théâtre : Vers la vie, Tiphaine, L'âme des choses, L'amour vole, Madeleine, François Villon, Victoire .

Richard Wémau est le pseudonyme de Maurice Houard. La poésie et la tuberculose sont pour lui une affaire de famille. Une Ame, poésies posthumes de sa sœur, Emilie Houard (1864-1891), ont été publiées à Montpellier en 1891. Le 6 mars 1910, La Vie Montpelliéraine, dans un "médaillon" consacré à Louis Payen, reviendra sur le Caveau du Dix, et déplorera que Richard Wémau soit mort si jeune, avant d'avoir terminé sa thèse sur Nietzsche. Il aura eu tout juste le temps de fonder La Coupe, de faire imprimer à Paris des cartes de visite d'"Homme de lettres" avant de mourir, vers 1907.

Phares:
La présence seule de Stéphane Mallarmé suffirait à faire entrer La Coupe dans l'histoire. Mais autour de lui, c'est tout le gotha du symbolisme français et belge qui occupe les colonnes de la revue :
Léon Dierx (le futur Prince des poètes), Remy de Gourmont, André-Ferdinand Herold, Gustave Kahn (l'"inventeur" du vers libre), Tristan Klingsor, Maurice Maeterlinck, Stuard Merrill, Georges Rodenbach, Emile Verhaeren et bien sûr Paul Valéry.
D'autres, que l'histoire ne classera pas parmi les symbolistes, déjà en rupture sans doute avec lui, en paraissent pourtant aux contemporains comme une suite brillante. C'est le cas pour André Fontainas, André Gide, Edmond Jaloux, Francis Jammes, Charles-Louis Philippe, Marcel Schwob, Francis Vielé-Griffin.
Il convient d'ajouter, à part, la contribution de Frédéric Mistral.

Grands régionaux:
La revue fait peu appel aux auteurs régionaux. En dehors des fondateurs, seul Pierre Devoluy pourrait, peut-être, entrer dans cette catégorie.

Grands débuts:
La majorité des participants a moins de 25 ans, alors que La Coupe est tout sauf une revue d'étudiants. Gide (22 ans) , Valéry (24 ans), Charles-Louis Philippe (21 ans), Edmond Jaloux (20 ans), T. Klingsor (21 ans) sont les grands témoins de l'audace de la revue.

Réseaux et constellations:
A cette base typiquement Montpelliéraine, La Coupe va adjoindre deux groupes d'écrivains. D'abord, les grands noms parisiens et belges. Contributions des plus prestigieuses, certes, mais qui ne s'intégrent pas réellement à la rédaction de la revue. Il en va autrement pour un autre noyau, celui de L'Ecole de Toulouse. Celle-ci s'est formée autour de Paul Sentenac et Maurice Magre. Elle fournira à La Coupe un bataillon de collaborateurs actifs et jeunes : Maigre, bien sûr, mais aussi Delbousquet, Massebieau... On retrouvera plus tard, dans Pan, la présence de cette Ecole de Toulouse.
Le cas de Frédéric Saisset est particulier. Fils d'Alets Saisset, le grand poète catalan qui signait Oun Tal, il a des attaches avec l'Ecole de Toulouse, certes, mais, il est aussi un ami de Georges Rodenbach, le flamand.
ou ésotériques.(Bibliogr. : Jacques Nervat [i.e. Dr Paul Chabaneix] : Le groupe de L'Effort (avec photo), Revue historique et littéraire du Languedoc, 1944 et Léo Larguier :Maurice Magre, même revue, 1946)

Sommaires et contenus:
n° 1, mai 1895
Albert Liénard, Joseph Loubet, Alfred Massebieau, Edouard Perrin, Henri de Régnier, Albert Samain, Richard Wemau.
A noter : Annonce pour le prochain numéro : Maurice Maeterlinck, M. Doris [id est Paul Valéry], Pierre Devoluy, Maurice Magre, Emmanuel Delbousquet, Rodrigue Sérasquier, etc...
Annonce de la parution prochaine de Paludes, d'André Gide.

n°2, juin 1895
André Gide, Charles Guérin, Tristan Klingsor#, Albert Liénard, Joseph Loubet, Novalis (trad. par Maurice Maeterlinck), Louis Raymond, Rodrigue Sérasquier, Francis Vielé-Griffin, Richard Wémau.
A noter : Annonce pour le prochain numéro : Stéphane Mallarmé, A.F. Hérold, Alfred Massebieau, Alain Lebey, Henry Maubel.
Le n° 4 doit être consacré aux compte-rendus de livres reçus.

n° 3, Décembre 1895
André.-Ferdinand Hérold, Albert Liénard, Alfred Massebieau, Stuart Merrill, William Mopsa, Louis Raymond, André Ruijters, Richard Wémau.

n° 4, janvier 1896
Rémy de Gourmont, Albert Liénard, William Mopsa, Edouard Perrin, Edmond Pilon, Emile Verhaeren, Richard Wémau.

n°5, février 1896
Emmanuel Delbousquet, André Fontainas, Gustave Kahn, André Lebey, Albert Liénard, William Mopsa, Richard Wémau

n° 6, mars 1896
Edouard Ducôté, Albert Liénard, Alfred Massebieau, William Mopsa, Edouard Perrin, Georges Rodenbach, Richard Wémau.

n° 7, avril 1896
Pierre Devoluy, Charles van Lerberghe, Albert Liénard, William Mopsa, Charles-Louis Philippe, Louis Raymond, Richard Wémau.

n°8, mai 1896
Tristan Klingsor, Albert Liénard, Alfred Massebieau, William Mopsa, Edouard Perrin, Marcel Schwob, Richard Wémau.

n°9, juin 1896
Georges Bidache, Edouard Ducoté, Albert Liénard, Stéphane Mallarmé#, William Mopsa, Louis Raymond, Richard Wémau.

Nouvelle série, n° 1, janvier 1898

Albert Liénard, Joseph Loubet, Alfred Massebieau, Frédéric Mistral#, Edouard Perrin, Louis Raymond, Emile Verhaeren, Richard Wémau.

Nouvelle série, n° 2, février 1898
Tristan Klingsor, André Lebey, Albert Liénard, Joseph Loubet, Maurice Magre, Frédéric Saisset, Paul Valéry#, Richard Wémau.

Nouvelle série, n° 3, mars 1898
Henri Degron, Charles Guérin, Gustave Kahn, Albert Liénard, William Mopsa, Henri de Régnier, Richard Wémau.

Nouvelle série, n° 4, avril 1898
Léon Dierx, Francis Jammes, Albert Liénard, Joseph Loubet, Edouard Perrin, Adolphe Retté, Paul Souchon, Richard Wémau.

Nouvelle série, n° 5, mai 1898
Albert Liénard, Joseph Loubet, Raymond Lulle, Alfred Massebieau, Stuart Merrill, Jules Nasi, Louis Raymond, Francis Vielé-Griffin.

Nouvelle série, n° 6, juin 1898
Edouard Ducôté, André Gide, Edmond Jaloux, Albert Liénard, Joseph Loubet, Paul Maryllis, Louis Roucau, Emmanuel Signoret, Richard Wémau.
A noter : Lancement d'une enquête sur l'amour dans la jeunesse actuelle.

FIN DE LA REVUE.

Editions associées : Un projet d'adjoindre des éditions a la revue est annoncé en mai 1898. Les Editions de La Coupe s'apprêtent alors à publier : Richard Wémau : L'Exposé ; Joseph Loubet : Le Père ; Louis Payen : Vers la vie, et, prochainement, Les Routes sentimentales. Il ne semble pas que ces projets aient abouti avant la disparition, le mois suivant, de la revue.

©Guy Barral