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Edouard de Max
(Edouard-Alexandre Max, dit )




Photographie d'Edouard de Max.
(Tous droits réservés)



----Edouard-Alexandre Max, dit Edouard de Max, naît le 14 février 1869 à Jassy en Roumanie. Il entre à vingt ans au Conservatoire. D'emblée, de Max surprend, étonne, subjugue. Ainsi Georges Champenois qui écrit pour La Revue d'art dramatique : " C'est l'artiste déconcertant, jamais égal, toujours curieux, dont les conceptions étonnent et irritent les pontifes sucrés de la critique ; le grand enfant intraitable dont un caprice a failli dix fois briser la carrière; l'esprit ombrageux, entier et irréductible que révolte l'apparence même d'un joug. "
Sa formation d'acteur, entre création moderne et répertoire, s'épanouit auprès de Sarah Bernhardt et d'André Antoine. En 1894, il est au Théâtre de la Renaissance pour Gismonda de Victorien Sardou. En 1897 et 1898, au Théâtre Antoine, il joue Jean de Sancy dans Le Repas du lion de François de Curel, Néron dans Britannicus ou Samuel Renaudin dans Judith Renaudin de Pierre Loti.

La carrière d'Edouard de Max est celle d'un monstre sacré. Il joue sur toutes les scènes, populaires ou d'avant-garde. Il est au Théâtre de la Porte Saint-Martin, dans Electra de Benito Perez Galdos (1904) ou dans Notre Dame de Paris que Paul Meurice a adapté de Victor Hugo (1907). Il collabore au Théâtre de l'Oeuvre de Lugné-Poe pour Herakléa d'Auguste Villeroy (1896), Le Cloître d'Emile Verhaeren (1900) ou Le Roi Candaule d'André Gide (1901). Il travaille régulièrement aux côtés d'un autre monstre sacré, Sarah Bernhardt. Au Théâtre Sarah Bernhardt, il joue dans Théroigne de Méricourt de Paul Hervieu (1902), est le duc de Reichstadt dans L'Aiglon d'Edmond Rostand ( reprise de 1902). On le trouve aussi dans Werther de Decourcelle et Crisafulli (1903), La Sorcière de Victorien Sardou (1903), Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo (1905), Adrienne Lecouvreur (1907)… Et, comme on l'a vu dans Prométhée aux Arènes de Béziers en 1901, on le voit dans Andromaque où il est Oreste, dans Polyeucte où il joue le rôle titre (1903).
De Max s'impose en tragédien. André Antoine et Firmin Gémier ne s'y trompent pas. Successivement en 1906, le premier lui confie à l'Odéon le rôle de Marc-Antoine du Jules César que Louis de Gramont a adapté de Shakespeare, le second celui de Timon dans Timon d'Athènes d'Emile Fabre. A l'Odéon, Antoine le met en scène dans Le Roi Lear.
En 1915, de Max entre à la Comédie-Française dont il devient sociétaire en 1918. Ses créations de Néron dans Britannicus, Basile du Barbier de Séville, Tirésias d'Œdipe roi, de Don Salluste dans Ruy Blas, entres autres, sont exceptionnelles.
Irréductible, de Max ne borne pas sa carrière à la tragédie classique. Antoine le distribue à l'Odéon pour L'Otage de Gabriel Trarieux (1907). Au Théâtre de l'Oeuvre, il est un gnome dans Perce Neige et les sept gnomes de Jeanne Dortzal (1909). Chez Sarah Bernhardt, il joue dans La Dame de Monsoreau d'Alexandre Dumas (1911) ou Le Procès de Jeanne d'Arc d'Emile Moreau (1911). En 1914, au Théâtre de la Renaissance, il joue L'Homme riche de Jean-José Frappa et Henri Dupuy-Mazuel.

Dès 1908, il est au cinéma, ici encore dans plusieurs registres. Après Macbeth de Stuart Blackston (1908), il tourne avec Sarah Bernhardt La Tosca de Charles Le Bargy (1909), Polyeucte de Camille de Morlhon (1910), Athalie d'Albert Capellani et Michel Carré (1910), Les Trois Mousquetaires d'André Calmettes (1912), Le Masque d'horreur d'Abel Gance (1912), L'Ami Fritz d'Hervé Hervil (1920). Henri Diamant-Berger l'appelle pour Les Trois Mousquetaires (1921), Vingt ans après (1922), Les Mauvais Garçons (1922), Milady (1923).

Par jeu, de Max cultive l'exubérance, ne fume que des cigarettes à son nom ou aime à se blottir, l'hiver dans sa voiture, sous des couvertures de loutre bordées de renard argenté. Artiste, il joue de sa renommée pour révéler les créateurs d'avant-garde. Acteur, il désapprouve la naïveté de ces décors artificiels qui éloignent de la réalité de la vie, jusqu'à prélever parfois sur son mobilier de quoi masquer certains fonds de scène sommaires ou approximatifs. Cette Question des décors fait d'ailleurs l'objet d'un article qu'il publie dans Le Printemps des lettres en avril 1911.

Volontairement en marge de toute tradition, Edouard de Max laisse l'image d'un comédien magnifique, au visage finement dessiné encadré d'une épaisse chevelure noire aux mèches rebelles, à la voix exceptionnelle dont les sonorités, teintées d'accent roumain, cherchent une région intermédiaire entre le lyrisme et le chant, au jeu corporel puissant et vrai, à l'intelligence volontiers railleuse.

Il meurt à Paris le 28 octobre 1924.

Bibliographie :


Georges CHAMPENOIS, De Max, Revue d'art dramatique, 1898.
Evelyne ERTEL, Dictionnaire encyclopédique du théâtre, sous la direction de Michel Corvin, Bordas, Paris, 1991.
Gilles QUEANT, Encyclopédie du théâtre 1850-1914, Publications de France, Paris, 1957.
Philippe VAN TIEGHEM, Les Grands Comédiens 1400-1900, PUF, Paris, 1967.

©Catherine Faivre-Zellner