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Hermann Paul

 

------Hermann-René-Georges PAUL, dit HERMANN PAUL, est né à Paris le 27 décembre 1864. Fils et petit-fils de médecin, sa famille, d'origine provençale, le pousse tout naturellement vers des études scientifiques qu'il abandonne bien vite pour entrer à l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris, puis à la remuante et facétieuse Académie Julian, où il précède de peu Pierre Bonnard, Edouard Vuillard et Maurice Denis. Il travaille ensuite seul ou avec les conseils d'Henry Lerolle et de Gustave Colin.
A partir de 1890, il exécute ses premiers travaux lithographiques en noir ou en couleurs aux côtés de Vuillard, Bonnard et Toulouse-Lautrec.
En novembre 1892, il se tourne résolument vers la presse satirique en fondant La Faridondaine qui ne durera que 4 mois. Il n'en faut pas davantage pour que Jules Roques, l'audacieux et pétillant directeur du Courrier Français, remarque son talent et l'appelle à collaborer à cet organe à la fois coquin et persifleur, dès janvier 1894.


Hermann Paul
Photographie parue dans La Vie Illustrée du 26 mai 1899

-----Au Rire, il inaugure un genre nouveau, le "reportage humoristique ", en couvrant la visite officielle de Félix Faure en Russie en 1897.
Très engagé durant l'affaire Dreyfus, celui qu'on surnomme le " Forain de gauche " utilise le Figaro, le Sifflet et surtout le Cri de Paris pour dénoncer la bêtise des antisémites.
Thadée Natanson portera ce jugement sur le tour et la façon d'Hermann Paul durant ces années de guerre civile larvée dans Peints à leur tour :
" Hermann Paul a mené, notamment au moment de l' "Affaire ", des campagnes courageuses, mais, dans ses légendes, comme dans ses propos, il était beaucoup moins capable de méchanceté que de colère et d'ironie que d'enjouement…Lorsqu'il a mis un point à une phrase, à une déclaration ou à un croquis, il n'y a rien à attendre ni à chercher de plus et l'on dirait qu'il en met un à tous ses gestes, en met à ses chapeaux. "
A la même époque, il développe dans ses dessins deux autres thématiques qui lui sont chères: la dénonciation des atrocités commises par les colonisateurs et toujours la laideur de la bourgeoisie, " l'âme fétide et carnassière des honnêtes gens ", dira Tailhade, dont il avait illustré Au Pays du Mufle en 1894.
Ces idées l'amènent tout naturellement à collaborer à la presse anarchiste :
à la Feuille de Zo d'Axa, à la Volonté, à L'Escarmouche de Darien, ou encore aux Temps Nouveaux de Jean Grave.
Admirateur fervent de Paul Cézanne, il fait scandale en exposant en 1904 au Salon d'Automne un portrait en pied du maître d'un ton fauve très personnel mais qui collait d'un peu trop près à la caricature.
En 1905, il est élu professeur aux Beaux-Arts. Il habite alors au numéro15, de la rue Montaigne ; tandis que son atelier se trouve au numéro 66, de la rue de Provence.
Il préside la société des dessinateurs humoristes, dont le siège se trouve à la tour de Villebon, à Meudon, lieu alors très prisé des duels de gendelettres.
En 1906, il s'engage plus nettement dans le combat antimilitariste et pacifiste en collaborant à La Guerre Sociale de Gustave Hervé.
Tout au début du premier conflit mondial, il se rallie à l'idée d'Henri Guilbeaux de lancer un journal pacifiste, dont il devait prendre la direction. Puis, très rapidement, comme beaucoup d'autres, il gagne le camp des bellicistes, devient farouchement germanophobe et jusqu'auboutiste convaincu. Dans les années 30, il évolue vers l'extrême-droite et collabore à Je Suis Partout.
Outre le fait d'avoir illustré de nombreux ouvrages, il édita lui-même plusieurs albums, comme La Vie de Madame Quelconque et La Vie de Monsieur Quelconque (1895), Alphabet pour les grands enfants (1898), Guignols (1899), Le Veau Gras (1904)…
L'album Guignols ne passa pas inaperçu, comme en témoigne ce compte-rendu enthousiaste, signé R.M., dans La Revue Encyclopédique du 17 juin 1899 :
" Voici un album dont la consultation s'imposera aux annalistes de l'avenir lorsqu'ils voudront écrire l'histoire de ce temps ; ils y trouveront sur l'état des idées et des mœurs, à la fin du XIXe siècle, les mêmes renseignements édifiants que fournit aujourd'hui la Caricature, de glorieuse mémoire, pour l'intelligence exacte de l'époque de Louis-Philippe. En l'occurrence, le souvenir de Daumier devait être nécessairement rappelé, car c'est son rôle de justicier que M. Hermann Paul a assumé et qu'il continue parmi nous ; aux heures troublées, on se réjouit de ces fières révoltes contre l'abus du mensonge et l'iniquité de l'erreur. Il ne semble pas d'ailleurs que l'auteur des Guignols puisse regretter d'avoir céder à la générosité foncière de son tempérament ; l'indignation lui a été une heureuse inspiratrice ; des cinq albums qu'on lui doit, le dernier est celui qui donne la mesure la plus complète et la plus favorable de son esprit et de ses moyens. Qu'il s'occupe des faits et gestes du dernier président (et la mort soudaine de M. Félix Faure donne déjà à telles compositions la valeur de pages documentaires), qu'il se prononce sur la politique intérieure ou extérieure, ou encore qu'il expose " l'Affaire ", M. Hermann Paul témoigne de la même liberté de vues et de la même élévation de caractère ; la puissance d'expression dramatique à laquelle il atteint est vraiment saisissante ; d'un autre côté, sa notation graphique a gagné en autorité, en ampleur ; entre la composition et le texte qui la souligne, la corrélation paraît devenue plus intime que jamais ; image et légende partent d'une inspiration unique, toujours haute et claire et qui donne à plus d'une reprise, la secousse du frisson. "
Retiré aux Saintes-Maries-de-la-Mer, il se passionna pour la vie camarguaise et la corrida. Il mourut dans cette cité provençale le 23 juin 1940.
Il avait pour compagne Jeanne Semersheim-Desgranges, avec laquelle il eut une fille, Ginette, devenue Mme Cachin-Signac.
Dans la remarquable étude qu'il lui consacra dans le numéro du 15 septembre 1929 d'Arts et Métiers Graphiques, Raymond Geiger saura parfaitement résumer le talent tout particulier d'Hermann Paul : " [Il] a l'honneur d'être de ces artistes qui ne font rien pour flatter le goût du public, de ce public qui veut toujours être du dernier bateau. Il ne cherche pas à plaire…
Pendant de longues années c'est du dessin qu'il usera pour commenter le spectacle de la comédie humaine. Comment une âme bien née et jeune accepterait-elle sans protester ce qu'elle voit des hommes et de leurs passions ? Emporté par un idéalisme sans faiblesse, il s'attaque à tout ce qui est mesquin, vulgaire et bas. La grossièreté de la foule, la bêtise des corps constitués, le grotesque et l'odieux des petits bourgeois, la vilenie des politiciens, la turpitude des financiers, l'imbécillité des amateurs d'art, la canaillerie des marchands, la bassesse, la cupidité et l'avarice des gens riches, la niaiserie des boutiquiers, l'esprit borné et la férocité des militaires, l'hypocrisie des prêtres, la vanité des mondains, n'ont pas de plus cruel ennemi que lui…
".


A l'Assistance Publique
- On me donne 50 centimes par mois, Monsieur, et j'ai six enfants ; est-ce qu'on ne pourrait pas augmenter…
- Et moi, est-ce qu'on m'augmente ??

Collaboration d'Hermann Paul à la presse :
(relevé non exhaustif)

- 1892 : La Revue Méridionale - Le Mercure de France -

- La Faridondaine (?1893)

- 1893 : L'Echo de la Semaine/ L'Echo de Paris (?1926)

- L'Escarmouche (?1894)

1894 : Le Courrier Français (?1907) - Le Rire (?1933)

- 1895 : L'Escrime Française

- 1896 : Le Journal - La Bicyclette - Gil Blas Illustré

- Polichinelle (? 1908)

- 1897 : Le Cri de Paris (?1922)

- 1898 : La Feuille - La Volonté - Le Sifflet - Le Fond de Bain -

- Cocorico (? 1899) - Le Petit Bleu (? 1914) - L'Almanach du Père
- Peinard

- 1899 : L'Illustré National (?1901) - Le Figaro (? 1907)

- Le Sourire (? 1913)

- 1900 : Nos Humoristes - La Dépêche - Le Froufrou (?1901) -
L'Almanach des Sports

- 1901 : L'Assiette au Beurre (? 1911)

- 1902 : L'Album - Gavroche - Almanach de la Question Sociale -

- La Petite Gironde (? 1914)

- 1903 : L'Indiscret - Le Canard Sauvage - La Vie Parisienne -
- Le Peuple - La Vie au grand air

- 1904 : Mes Cartes Postales - La Flèche - Médica - Almanach illustré de la
révolution

- 1905 : La Rue - Qui Lit Rit - Les Temps Nouveaux (? 1914)

- 1906 : Le Témoin - La Guerre Sociale (? 1915)

- 1907 : L'Auto - Les Maîtres Humoristes

- 1909 : L'Humoriste (? 1910) - Les Hommes du Jour (? 1911)

- 1911 : Le Continental - Les Humoristes

- 1912 : Lectures pour Tous

- 1913 : Le Courrier Européen - L'Homme Libre

- Les Droits de l'Homme (? 1914) - L'Anti-Vivisection (? 1925)

- 1914 : Gil Blas - La Grande Guerre (? 1915)

- 1915 : Le Flambeau - La Baïonnette (? 1918)

- 1916 : L'Opinion - La Victoire (? 1924)

- 1917 : L'Esprit du Cor (? 1918)

- 1919 : Le Progrès Civique

- 1924 : Candide (? 1939)

- 1928 : Les Annales

- 1930 : L'Intransigeant - Je Suis Partout (? 1940)

- 1935 : Marianne

- 1936 : Courrier Royal


© Gilles Picq